14/11/2005

Avec l'aimable autorisation du site WWW.RESISTANCES.BE

Foulard musulman à l'école
 
Et si le MRAX faisait fausse route ?
 
À l’époque  où, adolescente,   j’arborais fièrement  de multiples   badges,
on  ne  parlait  pas   encore de   pin’s,    témoignant  de   mes  opinions
politiques et autres idéaux,  la  direction   de  l’école  secondaire   que
je   fréquentais alors  m’a  fermement  enjointe  à  laisser  mon  attirail
militant au vestiaire, c’est-à-dire  à la maison.
 
Prétendre que  j’aie alors,  du haut  de mes  quinze ans,  accepté de bonne
grâce  ce que   je  percevais  alors   comme  une  scandaleuse   limitation
de  ma   liberté d’expression  serait  mentir.  Parallèlement, jamais   mes
professeurs  ne m’ont cependant  fait taire  lorsque j’exposais  en  classe
mes idées,  mes valeurs, mes convictions. Et a posteriori, je me dis qu’ils
m’ont  peut-être  rendu  service   en  m’imposant  ainsi  d’argumenter,  de
débattre, bref de  confronter mes points  de vue avec  ceux d’autrui plutôt
que de me laisser me retrancher derrière mon  uniforme
rebelle qui court-circuitait le dialogue bien plus qu’il ne le favorisait.
 
S’agissant   des  jeunes   filles   voilées,   le  Mouvement   contre   le
racisme, l'antisémitisme et la xénophobie  (MRAX) prétend aujourd’hui qu’il
s’agit d’une intolérable atteinte   à leur  liberté d’expression,   et plus
particulièrement à leur liberté religieuse (*).
 
Ni foulard ni autres signes
 
Outre   que   la   liberté   religieuse   ne   m’a   jamais   paru   devoir
s’exercer   prioritairement,    au   niveau    des   rituels    et   autres
pratiques culturelles, dans  l’enceinte  de  l’école,   et  ce sous   peine
de   compromettre    rapidement  toute velléité  d’enseignement,  il  ne me
semble  pas que  les convictions de   ces jeunes filles  soient, de par  le
refus du foulard, interdites d’expression.  Tout au plus leur  demande-t-on
de  les  exprimer   d’une  manière  différente,   compatible  avec   la vie
scolaire.
 
Mais en quoi, me direz-vous, le port du foulard est-il incompatible avec la
vie scolaire  ?  Tout d’abord   en  ce qu’il  manifeste  que  de  prétendus
préceptes religieux sont supérieurs au règlement qui vaut pour tous. Et  il
faut  être  d’une grande   naïveté  pour  ne  pas   voir qu’une   école  où
coexisteraient  demain   des   islamistes  fondamentalistes,  de   fervents
trotskistes, des adeptes du   naturisme, des  admirateurs d’Hitler   et des
Amish   tous arborant  fièrement les  signes extérieurs de  leur conviction
générerait   bien  plus   de conflits   qu’elle  ne  susciterait d’échanges
constructifs. Donc, dans  un souci d’égalité,   n’accordons pas aux  jeunes
musulmanes ce que nous serions bien en peine d’accorder ensuite à  d’autres
communautés   tout aussi   convaincues  de  la  justesse   de leur   cause.
Ensuite, parce  qu’il suggère  que, même  dans l’enceinte  de l’école,  les
hommes et les  garçons sont   de dangereux  prédateurs contre  lesquels  il
convient de  se prémunir en  n’excitant pas  leurs regards  libidineux,  et
les femmes et  jeunes filles des  proies sexuelles potentielles  sommées de
témoigner par une vêture  ad hoc de leur respectabilité sans tache.
 
Rappelons le rôle de l'école
 
Or,  l’école,  même   si  elle  est,   de  fait,  le   lieu  d’innombrables
rencontres  de toutes  natures, se   veut d’abord  et avant  tout  un  lieu
d’apprentissage,   un  creuset   où   l’on    forme   des   citoyens     et
citoyennes    dont     les   multiples   appartenances   identitaires  sont
secondaires et susceptibles d’être transcendées. On ne vient pas à l’école,
en  d’autres  termes,  en tant  que  musulman,  communiste, protecteur  des
baleines ou amateur de pêche au harpon, mais en tant qu’élève, et je serais
même tentée  d’écrire :   en tant  qu’homme. Ce  qui implique   de laisser,
autant   que   faire se   peut,   ses particularismes   au   vestiaire pour
s’ouvrir, toujours  autant que  faire se  peut, à  quelque chose  qui  soit
de l’ordre  de l’universel, et que l’école a pour vocation de transmettre.
 
Ce « vestiaire  » limite-t-il la   liberté ? Sans  doute, dans un   premier
temps. Mais de toute évidence, il  permet dans un second temps une  liberté
plus  grande, qui est celle que confère un relatif anonymat.
 
Les signes d’appartenance, en effet, sont des étiquettes que l’on se  colle
de manière plus ou moins volontaire  d’ailleurs dans le cas du foulard   et
qui  nous  enferment.  L’enseignant  qui   est  face  à   ses  classes doit
présupposer  chacun   de  ses    élèves  ouvert    à  l’altérité,   curieux
d’apprendre   et  disposé   à   mettre   en  question  ses   préjugés,  ses
convictions et ses tabous en les  mesurant à l’aune de la rationalité  dont
l’école se veut  un  vecteur  oserais-je  dire : un  temple  ? Et   comment
pourrait-il   le  faire   devant   une  élève  voilée   de   pied   en cap,
signifiant par là qu’elle est, avant tout, une bonne musulmane respectueuse
des  dogmes et  préceptes de  sa religion,   voire un  objet de  convoitise
sexuelle  bien plus qu’un être humain digne de respect ?
 
Est-ce  manquer de   respect envers  les  convictions  religieuses de   ces
jeunes filles que de leur  demander d’ôter leur voile  ? A mon sens,  c’est
bien plutôt leur envoyer un message libérateur. Dans l’enceinte de l’école,
en  effet,   elles  sont  libres.  Libres de  vivre  leur  foi  ou  de s’en
distancier,  libres  de  vivre  une  vie  de  jeunes   filles  occidentales
émancipées  ou de lui   préférer une vie  plus  conforme à celle que,  sans
doute, leur  milieu d’origine  rêve pour  elles.  Libres  de s’empresser de
remettre leur voile  au sortir de  l’école, ou au  contraire de se  réjouir
plus ou moins secrètement de pouvoir l’ôter lorsqu’elles y entrent.
 
Le seul argument  recevable, à mon  sens, concernant la  question du voile,
est  celui  «   du  moindre   mal  ».   Si  l’école   poursuit  comme   but
l’émancipation  par l’instruction, peut-être  est-ce  en effet un   moindre
mal que  des jeunes filles assistent voilées aux cours,  plutôt que  d’être
«  instruites  » à  la  maison  par des   précepteurs  que   leurs  parents
auraient   soigneusement  sélectionnés   en fonction  de leur  respect des
préceptes religieux.
 
Mais il reste que l’autorisation du voile ne contribuera certainement  pas,
à mon  sens,  à  l’édification  d’une  société  réellement multiculturelle.
Ce que   nous préparons   là,  c’est   au  contraire  une  société  où  les
diverses communautés risquent fort de coexister sans plus se mêler, tant on
aura encouragé, au nom de la sacro-sainte tolérance, l’enfermement dans les
différences.
 
Ecoles ghettos : stop ou encore ?
 
Quant à l’argument  du MRAX lié   à la nécessité  de combattre les   écoles
ghettos, j’y  souscris entièrement.   Rien n’est  plus  malsain,  en effet,
que la situation actuelle,  où  quelque écoles  se  voient transformées  en
ghettos  islamisants, choisies  pour leur  règlement d’ordre  intérieur  «
tolérant » bien plus que  pour la qualité de leur enseignement, tandis  que
les autres usent  du filtre  du  même règlement pour  façonner ou perpétuer
d’autres ghettos.
 
À   quand,   dès   lors,   l’interdiction   de   tout   signe  ostentatoire
d’appartenance  religieuse,  philosophique   ou  politique,   et ce,   dans
toutes  les  écoles de
l’enseignement officiel ?
 
Nadia GEERTS
 
© RésistanceS Bruxelles Belgique
www.resistances.be
info@resistances.be - 10 septembre 2005
 
 





11:23 Écrit par Alain. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.